Temps mort

Bastramu a dix ans aujourd’hui ! Il aime les anniversaires, c’est donc tout naturellement qu’il sort de son mutisme, de son inertie, de sa paresse…

J’aimerais retrouver le sens du demain. Avoir la confirmation officielle que demain est un mot qui va vers l’avant, non pas quelque chose de statique comme maintenant.

Par exemple demain c’est lundi et d’habitude j’aime beaucoup les lundis, ce nouveau début, cette nouvelle entité de temps qui s’amorce, mais là je ne sais plus si demain, lundi, sera vraiment un véritable lundi ou bien la répétition à l’identique du lundi dernier ou celui d’avant.

Si on regarde une horloge dans un miroir, le temps va à l’envers.

Demain c’est mardi, il ne faut pas que j’oublie mon rendez-vous chez la voyante à 20h, la dernière fois j’avais zappé et j’ai failli ne plus jamais avoir de rendez-vous car elle est très occupée en ce moment, surbookée pour les six mois à venir.

Si je pouvais remonter le temps, je ne ferais absolument rien, je resterais bien au chaud dans cette journée de mardi.

Je suis contente d’être mercredi demain. Même si j’ai zappé le rendez-vous chez la voyante, je suis persuadée que je passerai une bonne journée, je n’ai pas besoin de confirmation officielle pour savoir que demain sera un autre jour et que j’irai dans la forêt.

Si on regarde trop longtemps par la fenêtre on s’ennuie.

Je ne sais pas si on est jeudi ou vendredi demain et je n’ai pas envie de vérifier sur le calendrier, il est tellement vide que ça me fout le cafard de le regarder et de toute façon je n’ai nulle part où aller, ni demain, ni après-demain ni un autre jour.

Si on passe trop longtemps enfermé dans sa solitude, on finit par parler aux petites cuillers.

Vendredi demain, enfin ! Vendredi gardera toujours son goût de vendredi, un goût de crêpes et de frites et de glace, un goût d’impatience et de liberté. Je me mettrai la robe à fleurs rouges et j’irai nourrir les pigeons sur la place de la mairie, je verrai sûrement le petit vieux au chapeau vert et on aura une belle discussion sur le temps qui passe.

Si on marche d’un pas vif pendant une heure, on brûle quand-même jusqu’à 200 calories.

Demain c’est samedi et il faut vraiment que j’aille faire les courses, plus rien dans le frigo, même pas un œuf pour me faire des crêpes hier. Faut que je pense à acheter une nouvelle horloge, celle de la salle de bains s’est cassée et je n’en peux plus de voir ces aiguilles qui ne bougent ni dans un sens ni dans un autre.

Si on écrit suffisamment de pages sur le temps, on finit par le retrouver.

Je pense que demain, dimanche, je vais vraiment essayer de bouger les choses. Pas comme la dernière fois où j’ai changé de shampoing et les meubles du salon, mais vraiment tenter la grosse métamorphose. Transformer mon intérieur, le contenu de mes lubies, les molécules de mes intestins. Je vais commencer par un régime, tiens !

Oui.

C’est décidé.

Demain.

Texte initialement prévu pour le numéro hors-série de la revue La Piscine consacré au thème de demain.

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