Les quatre mousquetaires

Dans l’auberge du Colombier Rouge, Athos, Porthos, Aramis et D’Artagnan savourent un dernier verre avant de rejoindre le siège de La Rochelle. Athos, d’humeur sombre, jette un regard rêveur vers les petites fenêtres qui laissent à peine passer l’obscurité de la nuit. Il finit son verre de whisky et tend la main vers la bouteille presque vide.

– Demain, dit-il, nous serons peut-être tous morts.

Porthos, rouge de vin et de bonne humeur, tape du poing sur la table.

– Mais non, cher ami ! Tu as toujours le chic pour plomber l’ambiance ! Demain est un autre jour, n’est-ce pas là notre devise ?

Aramis lui sourit, se passe la main dans ses longs cheveux soyeux et boit une petite gorgée de sa coupe de champagne avant de répondre à son ami.

– Mais non, Porthos, tu es dans le mauvais livre, tous pour un et tous pour l’amour, c’est cela que tu voulais dire… je pense…

– Qu’importe l’amour, dit Athos, si nous sommes tous morts ?

D’Artagnan, vidant son Orangina d’un trait, bondit de sa chaise et tend le bras vers le plafond.

– Vers l’infini et au-delà ! Votre devise, la voilà !

Porthos éclate d’un rire tonitruant, faisant trembler les murs de l’auberge.

– Tu as deux siècles d’avance fiston !

– Ceux qui vont mourir vous saluent, dit Athos, irrémédiablement plongé dans le désespoir de la nuit.

– La mort est belle. Elle seule donne à l’amour son vrai climat.

– C’est beau ce que tu dis… dit Porthos, en se servant un autre verre de vin.

– Ce n’est pas de moi, répondit Aramis. Je ne sais plus qui l’a dit… ou qui le dira…

– Bref, s’énerva d’Artagnan, nous nous égarons. Comment se fait-il que plus personne ne se rappelle de notre devise ?

Athos lui jette un regard vide de toute expression, Porthos se gratte le crâne, Aramis contemple, songeur, les bulles de son champagne.

– Il me semble que c’était quelque chose nous réunissant tous…

– Il y avait certainement le mot « tous » dedans.

– Et le mot « un » aussi, j’en suis sûr !

– Tous pour un…

– Et quatre pour tous ?

– On n’était pas trois au début ?

– On est vite devenu quatre.

– C’est vrai.

– Tous pour un et un pour tous ?

– Non. C’est trop bateau.

– Bon… cherchons encore…

– Oui. La nuit vient juste de commencer… on a le temps.

Ce texte est le deuxième d’une série de « classiques recyclés », pour lire le premier, c’est ici.

2 réflexions sur “Les quatre mousquetaires

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