Au commencement était…

 

(Avertissement ! Ce texte n’apportera la solution à nulle question métaphysique, malgré le titre qui pourrait faire penser autrement, il n’apportera en fait rien de nouveau, il ne soulèvera même pas de question nouvelle, je pense que vous feriez mieux de ne pas le lire, je ne sais d’ailleurs même pas pourquoi je l’ai écrit si ce n’est que j’avais vraiment envie d’écrire quelque chose et je n’ai rien trouvé de mieux.)

au commencement wajdi mouawad

 

Je suis tombée sur ce petit texte de Wajdi Mouawad au hasard d’une promenade, au détour d’une petite rue dans mon quartier et comme je me bats, moi aussi, avec un commencement, il m’a semblé, encore une fois, que le hasard fait bien les choses et je me suis encore une fois demandée si c’est vraiment le hasard qui a si bien fait cette chose-ci, mais comme je n’ai toujours pas de réponse à la question de l’existence ou la non-existence du hasard, j’ai laissé tomber, encore une fois, ce débat ô si ancien et ô si irrésoluble pour me concentrer sur une question qui me taraude un peu en ce moment (et que j’espère, ô combien, résoluble) : comment sait-on qu’on a vraiment commencé quelque chose ?

 

 

A priori je suis d’accord avec Wajdi : on ne sait pas quand une histoire commence. Quand on fait partie de cette histoire, que ce soit comme acteur directement impliqué ou comme témoin, on ne peut pas toucher du doigt le moment exact du début de cette histoire. On se retrouve tout bonnement dedans et c’est tout.

 

Ce qui me préoccupe moi, c’est le moment où on commence réellement à écrire quelque chose. Prenons par exemple l’écriture d’un roman. On n’a pas de titre, mais on sait vaguement qu’il y aura trois ou quatre mots bien choisis, des mots qui accrochent bien. On n’a pas tout à fait le contenu, mais on a une vague idée de ce qu’on a envie de mettre dedans, un brin d’histoire ou plutôt une image. On n’a pas les personnages, mais on sait qu’il y en aura pas mal. On n’a pas le cadre, mais on a été tellement marqué par tel ou tel lieu que l’on a visité/vu/aperçu pendant ses vacances qu’on sait que ça se passera dans une petite ville de province ou alors dans une métropole avec beaucoup de bruits ou alors dans une forêt pleine de brume ou alors au bord d’un océan plein de mouettes. On n’a pas l’intrigue, mais bon, on s’en fout de l’intrigue, on sait bien que ce n’est plus ça qui compte. On n’a pas le style, mais qu’est-ce que le style vraiment ?

 

Vous me direz qu’à partir du moment où on n’a ni le titre, ni les personnages, ni l’intrigue, ni le cadre exact, ni le style, on n’a vraiment rien et qu’il faudrait mieux se mettre au tricot, c’est plus facile à commencer, il ne faut qu’une paire d’aiguilles et une pelote de laine et puis si on ne sait pas quoi tricoter on peut toujours faire une écharpe, ça sert toujours.

 

Mais, vous dirai-je, ce roman, j’ai vraiment envie de le faire, j’ai une belle image dans la tête, pleine de mystère et de suspense, et puis j’ai un personnage qui joue beaucoup aux cartes, un autre qui boit beaucoup de bière, un autre enfin qui aime beaucoup se promener pendant sa pause déjeuner. Et puis j’ai commencé un nouveau joli carnet rouge où je note des idées et des phrases et j’ai même créé un nouveau fichier Word intitulé X où j’ai écrit sept lignes.

 

Ai-je vraiment commencé ? Franchement, ces sept lignes, elles sont bien, elles donnent le ton, elles installent un narrateur plus ou moins omniscient, lancent un discours à la troisième personne du singulier, ébauchent une espèce de personnage principal et signalent quelques détails qui s’avèreront essentiels par la suite. Et puis j’ai le temps du verbe, c’est parfois le plus dur à trouver, le temps du verbe…

 

C’est un bon début, non ?

6 réflexions sur “Au commencement était…

  1. on pourrait dire que l’histoire commence comme le tricot, quand on a de quoi tricoter et envie de tricoter.

    Mais l’interrogation est aussi valable pour le tricot : suffit-il de (faut-il, même) deux aiguilles et une pelote pour faire un tricot ?
    Et si le tricot commençait avant ? dès le mouton ?
    où après ? une fois le pull (ou l’écharpe) achevé(e) ?

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