Rue du Puits qui chante (Prose du bitume 3)

rue du puits qui chante

Alors d’emblée, le panneau de la rue est différent. C’est très joli, ça change des panneaux bleus.

En parcourant la rue sur toute sa longueur – il faut exactement 110 pas et 59 secondes pour le faire, c’est la rue la plus longue jusque là – je découvre avec surprise – et avec beaucoup de plaisir, je ne sais pas pourquoi – que la Rue du Puits qui chante est en fait une impasse ! Fermée par un très joli mur en pierres, au-delà duquel on voit des arbres hauts, probablement situés dans des jardins, des bruits de voix m’arrivent même de l’autre côté. Ce sont des arbres très verts – ce qui est étonnant car on n’est qu’au début du mois de janvier – que je ne reconnais pas. Des orangers ? Des ficus ?

Bon, il faut que je retourne au début de la rue, j’oublie ma méthode.

La Rue du Puits qui chante est perpendiculaire à une grande avenue qui mène à la gare. Des deux côtés on voit des immeubles qui me semblent assez neufs, qui sont en tout cas très propres et qui ont des balcons fermés. On devine tout en haut, sur les toits, de belles terrasses car on aperçoit des plantes – très vertes également – en pots.

Des voitures garées des deux côtés. Beaucoup de garages, des poubelles renversées, il y a un peu de vent, mais c’est très doux, très agréable, on se croirait au printemps.

Une voiture blanche arrive devant moi, un monsieur aux cheveux blancs en descend en criant « Aïe ! ». Je me demande où il s’est fait mal. Je ne vois pas la personne qui conduit.

De temps en temps on entend des mouettes. Le ciel est très bleu.

Je vois une boîte d’allumettes écrasée, je suis tentée de la ramasser, j’aime beaucoup les boîtes d’allumettes, mais elle est vraiment trop sale.

A gauche il y a l’École de la 2e chance, dont l’immeuble est doté d’un garage, sur la porte duquel est peint un graffiti représentant le devant d’une voiture d’époque. Je me demande pourquoi on dit « voiture d’époque » et non pas « voiture ancienne », de la même façon dont on dit « livre ancien » et non pas « livre d’époque ».

Il y a encore beaucoup – trop ! – de mégots écrasés par terre, des paquets de cigarettes écrasés, une canette de jus à bulles écrasée, des bouchons de bouteille en plastique entiers.

Au tout début de la rue, à droite, un bar – fermé – avec de vieux rideaux décolorés, je pense que la couleur d’origine était bordeaux. Au-dessus des portes, une sorte d’affichette indique que le bar fonctionne sous la licence de la loi de 1941. Je suis étonnée par la date et je me demande si les rideaux datent aussi de cette époque-là.

A côté du trottoir à gauche, il y a encore beaucoup – trop ! – de mégots par terre, un morceau de papier toilette rose froissé, une canette de bière et une paille en plastique rose enfoncée dans les creux d’une bouche de canalisation.

Un monsieur arrive devant chez lui, il porte une espèce de caddie-poussette-valise en faux-cuir marron.

Plus loin sur la gauche, un restaurant a l’air d’être fermé depuis longtemps car il y a à côté de la porte le panneau A VENDRE d’une agence immobilière.

Je suis étonnée que tout soit fermé, on n’est pas dimanche pourtant !

Sur le trottoir à gauche, une grosse tache rougeâtre, quelqu’un a dû renverser un verre de vin rouge, je ne pense pas que ce fût une bouteille, la tâche aurait été plus grande.

Un étron de chien écrasé.

Une porte verte avec des tags dessus.

Une dame blonde portant une grosse doudoune blanche – il ne fait pas froid pourtant, au moins 17°C – me passe devant et me jette un regard pas très aimable ou peut-être est-elle tout simplement intriguée par mes actes ?

Sur le mur blanc d’un immeuble à gauche, trois dessins de Homer Simpson. Celui du milieu est plutôt réussi, les deux autres ne sont pas terribles, on dirait plutôt des ébauches.

Sur le rebord d’une fenêtre de l’immeuble de l’École de la 2e chance un pot en aluminium sert de cendrier. Je regarde dedans : vide. Je regarde par terre : plein de mégots.

Je ne comprends pas.

C’est plutôt calme, surtout lorsqu’on arrive au fond de l’impasse. A gauche, un immeuble récent indique son nom : Résidence Orphée. L’immeuble n’est pas beau, mais son nom si.

Ce que je préfère dans cette rue – pardon, impasse – c’est le mur en pierres au fond et les cimes des arbres que l’on aperçoit de l’autre côté. On a envie d’escalader le mur pour voir au-delà.

Je vais voir si c’est possible.

Non, c’est trop grand, au moins deux mètres en hauteur, et je ne suis pas assez agile.

Je me dépêche de finir, je ne veux pas trop dépasser les dix minutes maximum que je me suis imparties.

Je regarde l’heure : 18 minutes sont passées !

Pardon ! J’arrête.

 

P.S. J’allais oublier ! J’ai enfin trouvé pas un, mais deux objets que voici :

rue du puits qui chante objets

A droite c’est un morceau de plastique bleu.

A gauche un objet dont je n’arrive pas à comprendre l’utilité. Il traînait dans le caniveau, à côté d’une voiture. Si vous le reconnaissez, si vous en devinez ou l’utilité ou bien s’il vous appartient, n’hésitez pas à me contacter.

6 réflexions sur “Rue du Puits qui chante (Prose du bitume 3)

  1. J’aime beaucoup cette série de textes ; je vais essayer de participer, en tordant peut être un peu le reglement 🙂

    sinon, l’objet de gauche me parait représenter un visage de couleur noire (deux yeux ronds et une petite bouche dans la partie ronde en bas) coiffé d’une triple chéchia rouge traversée par une mèche de cheveux torsadés : sans aucun doute une production d’art populaire rendant hommage au chocolat en poudre Banania(c) habilement camouflé en pièce automobile 🙂

    • Merci carnetsparesseux ! Pour ce qui est du règlement, ce n’est bien évidemment qu’un point de départ.
      Très bien vu pour ce mystérieux objet, je n’y avais pas pensé ! ça pourrait être aussi la représentation de je ne sais quel dieu revenu de temps immémoriaux pour hanter nos quotidiens 🙂

  2. Merci Bastramu ; pour le reglément, je pensais le contourner en utilisant street-view pour baguenauder en restant au chaud…

    « la représentation de je ne sais quel dieu revenu de temps immémoriaux pour hanter nos quotidiens »…ça colle assez bien avec le Banania, non ?
    🙂
    bonne année sans maux et pleine de mots !

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