Rue de l’Enfer (Prose du bitume 1)

rue de l'enfer 1

Petite rue pavée, près du centre-ville. Pour la traverser sur toute sa longueur, il faut faire exactement 44 grands pas et cela prend 25 secondes.

Beaucoup de gens passent devant moi. Une jeune femme en jean blanc très moulant porte un sac en papier rose portant l’inscription en majuscules LEONE. Un couple de jeunes, dont la femme porte un petit sac de la Fnac – il doit y avoir un livre ou des CDs dedans – avance d’un pas rapide. Deux autres personnes, un homme et une femme, la cinquantaine, marchent tranquillement, l’homme aux cheveux grisonnants me jette un regard très intrigué.

Il faut faire deux grands pas et demi pour traverser la rue de l’Enfer sur sa largeur. Je me demande si c’est à cause de cette étroitesse inhabituelle que la rue s’appelle ainsi. Sûrement…

Il commence à pleuvoir. Des gens discutent derrière moi, attablés à la terrasse abritée et chauffée d’un restaurant.

Je ne trouve aucun objet à ramasser par terre, à moins de me mettre à cueillir l’un des nombreux mégots coincés entre les pavés ou la paille verte en plastique qui a dû servir à siroter je ne sais quel breuvage rafraîchissant.

Sur la gauche, il y a deux maisons, chacune à trois étages, qui doivent dater de quelques bonnes décennies. La première a la façade peinte en rouge foncé, la deuxième en vert clair. Joli contraste. Plus loin, le contraste s’enlaidit avec la présence d’un immeuble moderne et moche de cinq-six étages. Au bout de la rue, on aperçoit la vitrine d’un magasin de pantoufles.

Sur la droite, une poubelle et une grande porte en fer, entr’ouverte, qui laisse voir l’arrière-cuisine d’un restaurant. Ça sent bon.

On est bien dans cette rue parce qu’on est abrité du vent.

Des dalles, au tout début, sont disposées en cercle. Je n’ai pas envie d’aller marcher pile poil dessus, j’ai l’impression que la terre va s’ouvrir et va m’engloutir.

Sur la droite il y a aussi un grand immeuble arrondi, à la façade jaune bien entretenue. J’entends derrière moi la voix d’une petite fille qui joue et des bruits de couverts, de ventilation, d’aération.

Dans l’arrière-cuisine du restaurant il y a un bac orange posé tout en haut sur une étagère, des bouteilles dans des caisses. J’ai toujours été intriguée par les arrière-cuisines des restaurants.

Sur la gauche, vers le milieu de la rue, un graffiti décore un mur en majuscules : SLUT.

Exactement au milieu de la rue il y a cinq étrons de chien, j’ai failli marcher dedans.

Sur une porte à gauche, une affiche rose avec des angelots et « Je t’aime » écrit en lettres cursives.

Il y a quand-même du courant d’air.

Je marche jusqu’à l’autre bout de la rue et me place sous le panneau bleu. Une autre terrasse, un autre restaurant. Tout près de moi, deux hommes discutent avec entrain. « C’est comme ça, tu vois ce que je veux dire ? »

Je n’aimerais pas habiter ici. C’est une rue où on ne s’arrête pas, ou alors pas très longtemps. C’est une rue qu’on traverse pour aller ailleurs.

L’un des deux hommes attablés en terrasse rit de bon cœur et boit une gorgée de … sirop à l’eau.

Il commence sérieusement à pleuvoir. 8 minutes sont passées. Je m’en vais.

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