Le bonheur de lire et le plaisir d’écrire

Le bonheur de lire et le plaisir d’écrire…

Devant le café fumant d’un huit heures du matin dominical, cette sentence magistrale émise par la voix guillerette et enthousiasmée d’une présentatrice de France Info – à moins que ce soit France Inter ou France Culture, on n’est pas très bien réveillé à huit heures du matin un dimanche – a heurté mes oreilles en produisant une sensation semblable à la brûlure que ressentent les lèvres au contact d’un café beaucoup trop chaud.

Et ce n’était pas forcément à cause de la trop guillerette voix de la présentatrice, même s’il peut être indécent d’être à ce point enthousiaste de nos jours. C’était surtout à cause de cette association chancelante entre le bonheur et la lecture d’une part et le plaisir et l’écriture de l’autre.

A première vue, c’est une association qui peut tenir tout à fait debout. M’étant rendu ce samedi au même Salon du livre à Paris dont la voix guillerette mentionnée ci-dessous faisait un éloge sans bornes, j’ai eu l’occasion de voir dans la foule qui se ruait sur les portes de l’entrée dans le Pavillon 1, Porte de Versailles l’expression d’un bonheur redoutable. Des centaines et des milliers de lecteurs ébahis devant les stands, pétrifiés d’admiration devant je ne sais quelle manifestation, heureux – ça se voyait dans leurs yeux pétillants – de faire la queue des heures durant pour se faire dédicacer leurs tout frais bouquins par un Teulé ou un Levy. Et il serait judicieux d’envisager l’hypothèse qu’un Teulé ou un Levy éprouve effectivement beaucoup de plaisir à voir ces queues interminables, ces foules de fans qui tremblent en tendant les livres pour recevoir le parafe des maîtres.

Mais dans le même Pavillon 1, devant des stands beaucoup plus petits, représentant des maisons d’édition dont, franchement, je n’ai jamais entendu parler, on aurait eu beaucoup de mal à retrouver l’association plaisir – écrire. Ces pauvres auteurs solitaires devant leurs petites tables remplies de leurs derniers titres semblaient s’écrouler sous le poids du malheur. Où serait donc, me suis-je posé la question ce matin, ce fameux plaisir de l’auteur ?

Ne nous méprenons pas : il est certain que mettre un mot après un autre et pondre divers textes plus ou moins littéraires est une indéniable source de plaisir et l’auteur de ces lignes frémit au moment même où vous, lecteurs, succombez au bonheur de la lecture. Néanmoins, associer l’écriture uniquement à du plaisir, franchement, elle a rien compris la nana de France Info. La preuve est que j’ai éprouvé un énorme plaisir à commencer ce texte, lorsque je pensais baigner dans une sorte d’inspiration béatifique qui m’apportait le mot juste et la tournure parfaite, mais que maintenant, lorsqu’il faut que je le finisse, franchement, j’ai envie de m’arracher les cheveux de la tête parce que je ne trouve ni la bonne comparaison pour illustrer mon propos, ni la belle métaphore pour le coup de grâce de la fin. Et au bout d’un moment, à force de chercher, je ne sais même plus ce que je voulais dire.

Et donc j’ai envie de lui demander, à la voix guillerette de ce matin, il est où le plaisir dans tout ça ? Les affres de la création et la tourmente de l’écrivain, et ben, c’est pas des mythes tout ça, croyez-moi.

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